Un grand poète s'est éteint

Je salue en lui l’homme de conviction, le militant exemplaire et le poète engagé. Darwich il faut le lire, et le lisant écouter son chant universel dans sa capacité de crier la détresse et l’espoir. Son oeuvre est irradiée par la présence charnelle de cette terre, par son souvenir, par l’absence, par l’injustice, par la souffrance, pour la paix, pour l’espoir et pour l’exil.
« Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe, pour attendre la pluie. Celui qui n’a pas de lieu n’a pas non plus de saisons. Pourras-tu me transmettre l’odeur de notre automne dans tes lettres ? Emmène-moi là-bas, s’il reste encore une place pour moi dans le mirage figé. Emmène-moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans, sur le papier, au téléphone… »
Plusieurs de ses poèmes ont été chantés par Marcel Khalifa, l’un de ses amis très proches. Notamment « A ma mère » et « Rita et le fusil », un poème où il parle de son amour pour Rita, une jeune fille juive, du temps de leur enfance, adultes ils ont compris que cet amour est impossible. La guerre les sépara.
Qu’il repose en paix
.
A ma mère
je me languis du pain de ma père
du café de ma mère
des caresses de ma mère
jour après jour
l’enfance grandit en moi
j’aime mon âge
car si je meurs
j’aurai honte des larmes de ma mère
si un jour je reviens
fais de moi un pendentif à tes cils
recouvre mes os avec de l’herbe
qui se sera purifiée à l’eau bénite de tes chevilles
attache moi avec une natte de tes cheveux
avec un fil de la traîne de ta robe
peut-être deviendrai-je un dieu
oui un dieu
si je parviens à toucher le fond de ton cœur
si je reviens
mets-moi ainsi qu’une brassée de bois dans ton four
fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison
car je ne peux plus me lever
quand tu ne fais pas ta prière du jour
j’ai vieilli
rends-moi la constellation de l’enfance
que je puisse emprunter avec les petits oiseaux
la voie du retour
au nid de ton attente
أحنُ إلى خبز أمي
وقهوةِ أمي
ولمسةِ أمي ..
وتكبر فيَّ الطفولةُ
يوماً على صدر يومِ
أعشق عمري لأني
إذا متُّ
أخجل من دمع أمي !
خذيني .. إذا عدتُ يوماً
وشاحاً لهدبكْ
وغطي عظامي بعشبٍ
تعمَّد من طهر كعبكْ
وشدِّي وثاقي..
بخصلة شعرٍ ..
بخيطٍ يلوِّح في ذيل ثوبك..
ضعيني إذا مارجعتُ
وقودا بتنور ناركْ
وحبل غسيل على سطح داركْ
لأني فقدت الوقوف
بدون صلاةِ نهاركْ
هرمتُ فردّي نجوم الطفولة
حتى اشاركْ
صغار العصافير ..
درب الرجوع ..
لعُشِّ إنتظارك !!
ردّي نجوم الطفولة
حتى اشارك صغار العصافير
درب الرجوع ...
لعش انتظارك !!
L’Impossible
je meurs d’espoir
d’embrasement je meurs
Je meurs pendu
égorgé je meurs
mais je ne dis point :
Notre amour est fini et mort
Non
notre amour est impérissable
Rita et le fusil
entre Rita et mes yeux, un fusil
et celui qui connaît Rita se prosterne
adresse une prière
à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel
moi, j’ai embrassé Rita
quand elle était petite
je me rappelle comment elle se colla contre moi
et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
je me rappelle Rita
ainsi qu’un moineau se rappelle son étang
Ah Rita
entre nous, mille oiseaux mille images
d’innombrables rendez-vous
criblés de balles
le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
dans mon sang le corps de Rita était célébration de noces
deux ans durant, je me suis perdu en Rita
et deux ans durant, elle a dormi sur mon bras
nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
et nous brûlâmes
dans le vin des lèvres
et ressuscitâmes
Ah Rita
quoi a pu éloigner mes yeux des tiens
hormis le sommeil
et les nuages de miel
avant que ce fusil ne s’interpose entre nous
il était une fois
O silence du crépuscule
au matin, ma lune a émigré, loin
dans les yeux couleur de miel
la ville
a balayé tous les aèdes, et Rita
entre Rita et mes yeux, un fusil
ريتا و البندقية
بين ريتا وعيوني . . بندقيه
والذي يعرف ريتا ينحني
ويصلي
لإله في العيون العسلية
وأنا قبلت ريتا
عندما كانت صغيره
وأنا أذكر كيف التصقت بي
وغطت ساعدي أحلى ضفيره
وأنا أذكر ريتا
مثلما يذكر عصفور غديره
آه ريتا
بيننا مليون عصفور وصوره
ومواعيد كثيره
أطلقت نارا عليها . . بندقيه
إسم ريتا كان عيدا في فمي
جسم ريتا كان عرسا في دمي
وأنا ضعت بريتا . . سنتين
وهي نامت فوق زندي سنتين
وتعاهدنا على أجمل كأس
واحترقنا في نبيذ الشفتين
وولدنا مرتين
أه . . ريتا
أي شيء رد عن عينيك عيني
سوى إغفاءتين
وغيوم عسلية
قبل هذي البندقية
كان يا ما كان يا صمت العشيه
قمري هاجر في الصبح بعيدا في العيون العسليه
والمدينة كنست كل المغنين وريتا
بين ريتا وعيوني . . بندقيه