L'échec des mots
''poète si d'un seul mot
tu pouvais mettre fin
à la guerre de Troie
poète si tu pouvais
mais tu n'es
bon à rien
brise ta plume d'oie
brûle tes alexandrins''
J’étais absente pour cause de bouleversements. Malaise, recherche de la paix interne. Mais l’amour est toujours au rendez-vous. Ça fait longtemps que je n’ai pas touché un livre, ce compagnon me manque, mes troubles de la vision m’ont imposé cet éloignement. C’est ainsi que je n’ai pas pu résister à l’appel d’un ancien livre qui m’est tombé sous la main quand j’étais chez mes parents. Un livre où j’ai trouvé une citation du grand Jibrane qui en dit long sur l’impuissance des mots.
Certes je parle beaucoup, dans le cadre de mon travail, du pouvoir des mots. J’ai passé des heures à développer l’influence des mots, à parler de la responsabilité langagière que nous avons à l’égard des autres êtres humains et à inciter à une communication saine à travers le choix d’un vocabulaire ayant un impact constructif et qui affecte positivement les gens que nous côtoyons. Je n’ai jamais été d’accord avec Hamlet quand il exprime la nullité des mots à travers son fameux « Words, words, words ».
Mais ce n’est pas de ce pouvoir que je parle. De ce côté personne ne peut nier que les mots transforment des vies. Ils détruisent comme ils peuvent construire. Je parle de l’impuissance des mots quant à la traduction des émotions, l’impuissance des mots face au réel. Impuissance exprimée merveilleusement par Jibrane quand il dit : « La pensée est un oiseau de l’espace qui, dans la cage des mots peut déployer ses ailes mais ne peut pas voler ». Parfois impuissants, les mots s’effondrent.