La femme à l'oeil au beurre noir

Publié le par Oeil tari



Je voulais faire comme si de rien n’était, je voulais écrire autre chose, je voulais parler d’autre chose, je voulais écrire du beau temps qu’il commence à faire, de mes derniers plats ratés, de la semaine que j’ai passé à Casa, de mon travail, de ma thèse… Mais je ne pouvais raconter tout ça avant d’avoir parlé d’un autre événement moins gai, moins banal et plus marquant.

 

Il faisait beau le vendredi 27 mars 2009. Je me suis « tirée à 4 épingles » je portais mon nouveau ensemble violet avec le sac à main assorti, j’étais encore radieuse sous l’effet du cadeau que mon mari venait de m’offrir. J’avais bonne mine, car heureuse, amoureuse, et avais bien dormie. J’étais au bord de ma voiture, destination Casablanca, pour prendre le couscous avec mes parents, je n’avais pas oublié de prendre le thé de Chine demandé par ma grand-mère, ni les échantillons de produits de beauté pour ma sœur.

 

On a pris l’autoroute moi et mon mari mais chacun dans une voiture (on devait laisser une à mes parents), il me devançait. Il faisait beau, la circulation trop fluide, j’écoutais la radio. Une demi heure après nous nous sommes arrêtés dans une air de repos pour remplir le réservoir d’essence, nous avons échangé de voitures.

 
J’ai continué à rouler tranquillement à 30m de mon mari qui me devançait. 10 km après en même temps que je doublais un semi-remorque j’ai fait un mouvement avec ma main gauche (je ne sais plus pourquoi) j’ai entraîné avec moi le volant vers la gauche, me voyant se rapprocher de la glissière de sécurité j’ai braqué vers la droite, la voiture a fait quelques tonneaux avant de s’écraser dans un faussé. Mon mari a vu toute la scène du rétroviseur, s’est arrêté, a brisé les vitres de la voiture avec son genou et m’a sorti. J’ai cru que j’étais en train de rêver, que j’allais me réveiller, il n’en est rien. Mon visage qui saignait, mes habits remplis de sang, la foule autour de moi m’a fait comprendre que c’est bel et bien la réalité, j’ai fait un accident très grave. Une dame a essayé de me rassurer, je ne la connais pas, elle s’est arrêtée pour moi. Elle a annulé le rendez-vous qu’elle avait sur Casa pour rester à mes côtés.

 

L’ambulance n’a pas tardé à venir direction l’hôpital de Mohammedia, j’étais entourée de beaucoup de médecins et d’infirmiers qui étaient aux petits soins. On m’a mis une minerve, nettoyé les plaies et fait 7 points de suture dans l’urgence et avec les moyens du bord. Ils ont aussi demandé un scanner cérébral et cervical, il fallait les faire dans une clinique puisque l’hôpital n’a pas de scanner. Vers 15h 30 nous avons réussi a trouver une clinique qui a un scanner, résultat : tout est en ordre, Dieu soit loué. C’est là que j’ai appris que la dame qui s’est arrêté pour moi s’appelle Khadija, elle est poète artiste peintre. Comme je n’ai plus grand-chose à mettre, elle m’a prêté une koufia et une chemise que je garde toujours.

 

En définitif, traumatisme crânien, hématomes importants au niveau du visage, 7 points de suture et courbatures un peu partout. J’ai perdu mes lunettes, mon portable, mon châle et quelques cl de sang. Mais j’ai gagné la vie. J’ai tout gagné. La cicatrice sur mon arcade orbitaire est là pour me rappeler que j’ai eu beaucoup de chance.

 

Voilà c’est dit, maintenant je peux passer à autre chose, je peux parler de la pluie et du beau temps, je peux continuer à raconter n’importe quoi.

 

P.S. : Merci Khadija Tantaoui et Pardon Youness de t’avoir effrayé, personne n’aurait pu prendre soin de moi comme tu l’as fait, cet accident a renforcé l’amour que j’ai pour toi. Tu le sais déjà.

 

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Publié dans Un peu de moi

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M
<br /> Dieu t'a protégée, tu devais avoir le bonheur de donner la vie à Hasna...<br /> <br /> <br />
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